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Confusion nocturne

Bonsoir petite Terre
Murmure le musicien,
Ce jour fut amer,
Il me laisse incertain.
Où m'emmène-t-on demain dans ce voyage en train ?

C'est étrange petite Terre
Car ce soir j'ai la lyre.
Je cours dans un dédale
Et cueille des fables décousues ;
Mon grenier divague.
Entends-tu mes soupirs ?
Rien n’est écrit,
Tout est circonstances.
Ah l'hypothétique providence
Déjà bien éteinte dans mon feuillage !

Mais dis-moi mon étoile,
Suis-je à la bonne époque ?
Donne-moi la quiddité de maître hasard,
Prête-moi le sens de Madame vie.

Mes notes résonnent l'affliction du piano.
Doucement musicien avec l'aria morose.
Ai-je besoin d'exprimer un sens si rien ne comprend ?
C'est du vide pour du vide,
Seule ma coupe de Pacherenc est pleine.

Si la tempête précède le naufrage
Qui succède le naufrage ?
Que voit l’épave ?

Mon âme est absurde
À te parler ainsi...
Invente ma religion - Ô angoisses !

Je n'ai rien d'un mystique...
Je dois croire une demi-heure,
Le temps que passe le temps,
Que mes idées s'épurent,
Que mes choix se dessinent,
Que je pioche les mauvais,
Ou que je fausse les bons,
Tant que le voyage sera long.

Qui vivra verra
Qui meurt.

Pier Case - Les vieux morceaux (2004/2005 rectifié en 2010)

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Écassia

I
Élégante voyageuse libérée des volières,
Tu évolues sans cesse fantaisie de mon cœur.
Des perles purpurines enluminent tes crins jais,
L'harmonie de ton galbe avance mes battements.
Tes yeux sont des émeraudes, ton chant drogue mon esprit.
Il me faudrait t'écrire une hymne à la splendeur - j'abandonne !

Quand mon génie se perd dans des confins sinistres,
Tu te dévoiles à moi mon projet romanesque
Qui se métamorphose aux aléas du temps.
Tu me mènes à l'ivresse, à l'instinctive pulsion.
Tu me rends tigre, prêt à combattre et tuer.
La gorgée m'étouffe car ma raison l'admet,
Tu ne seras jamais plus qu'un phantasme abstrait,
Maquillé d'illusoire dans ta robe du soir.
Il me faut donc songer à trouver la réelle,
Le parfait simulacre, le simili patent,
De ton écorce splendide, de tes parfums grisants,
De tes fins traits d'esprits, de tes mots capiteux,
De ta voix consonante, de ton unicité - peine perdue.

II
Aux paupières fermées je t'invite près de moi
Et te voilà descendre de ce ciel auroré.
Profitons du moment avant qu'il ne s'efface
Que l'ennemi nous trouve, que l'imprévu te chasses.
Tu es douce et sauvage ma féline mirifique,
au regard hypnotique, à l'aura magnétique.
Étrangle mon corps, Enserre-moi de cuissardes !
Enveloppe ma peau dans ton cocon tentationnel !
Que je ne puisse plus m'éluder,
Que ce rêve ne s'évanouisse,
Que je reste piégé dans ce flou paisible,
Que je ne revienne plus dans la grotte aux vautours cupides,
Que les horloges suspendent leur poison de vieillesse,
Que le temps perde son sens,
Que les dimensions fondent,
Que la logique se perde,
Que je me sente beau,
Que le ciel s'ouvre, se vide de moi et se referme derrière moi.
Voguant si loin du "tout" vers je ne sais quel rivage,
Entre ici et nul part,
Entre ici et jamais,
Je croquerai ton fruit.

Puis calmons-nous ;
Reposons-nous,
Souris-moi.

- Apaisement -

III
Au chagrin de mon être,
Tu t'efface vaporeuse
Dans un rideau dansant de fumée cerise.
Loin de ta silhouette évanescente,
Je m'éveille vide.

Indélébile chimère, tu me suivras dans l'ébène.
Nous serons bien deux sous la glaise,
A pourrir de repos.

Pier Case - Les vieux morceaux (2004/2005 revu en 2010)

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À ma droite

À ma droite

À ma droite : la haine, des corbeaux en pagaille,
Une pénombre étendue chante sur une gamme mineure.
Des crânes pleins de poussier embrassent la crypte
Où la veuve est malade, où l'orphelinat pleure.L'épaisse toile de nuages teintée mélancolique,
Berceau d'une foudre sublime, d'un tonnerre ténébreux.
Les lynx en frissonnent, les cafards en tremblent.
Sous l'orage colossal, suffocant, le dictateur à froid.

L'arbre à sourires est blessé pour un temps,
Sa résine est ambre, son cœur est basalte,
Ses fruits sont ridés, ternes, saumâtres,
Son feuillage grisonnant,
Son écorce : un charnier de cicatrices.

Sur un vaste désert cramoisi,
Aux fleurs incarnates fripées
Suintantes de poison tilleul,
L'ours sort d'un marécage glauque
Bavant de colère.
Son cœur détale et pompe un sang ardent,
Son esprit transpire de fureur,
Sa rage écrase son cœur.
Dans son poing, l'arme du soleil et sa poudre cruelle.
Puis...
Un bruit violent et court qui se perd en échos monstrueux,
Une grossière taillade dans une chair brûlante de douleur,
Un carmin soupir,
Une brumeuse vision,
Un sépulcre noirâtre,
Un instant morose, puant.

Un zéphyr froid fait sangloter les ramures des saules.
Des torrents d'eau efface le paysage.
Des torrents d'eau apaisent l’ours.
Mais bientôt la repentance soulèvera son foie !

La nuit est éternelle dans ces caveaux glaciaux,
Où les insectes dansent, où la danse est tango,
Où sur une chaise d’ivoire aux racines solides,
Votre avatar est lié, le front penché, les yeux fermés,
En esclave qui se morfond au milieu d’un fond mort,
Dans un silence de grotte.

Au pourtour du wagon de votre vieille raison,
Elle attend silencieuse votre moindre faux pas
Pour vous planter son dard et bouillir vos viscères.
Pour troubler vos valeurs et vous laisser dément,
Impropre,
Sans repères...
La haine au ventre.

Case - Les vieux morceau (2004/2005)

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Comparaison

Comparaison

Contraint d'analyser.
Astreint à la comparaison des corps et des esprits.
La chose est sempiternelle, instantanée !

Moi, à la limite de mon éternel, je t'incite à vomir tes mauvais mots :
À médire de moi,
À décrier, à salir,
À diffamer, humilier
Vilipender et insulter !
Honnis-moi, déteste-moi de toute ta carcasse !
Et béni sois-tu !

J'en ressors tordu mais bientôt mon essence me donnera du pouvoir et mon corps ne tordra plus.
Je serai froid comme une pierre des Alpes.

Case - Les vieux morceaux (2004/2005)

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Vingt

Vingt

Dans l'immensité d'un ciel gris,
Qui entend cris sans en juger...

Hallebarde de décembre,
Tes épines se changent en flocons,
Pour frôler mes traits peinés
Car le tourment souille mes poumons.

Voilà ma vingtième naissance,
L'éloignement des rires d'enfants,
La marche vers la sage saison,
La soif latente de sentiments
Qui vocifère et m'éviscère
Qui m'abat vivement par derrière !
Au diable mes attraits !
Où êtes-vous, vous, anges de beauté !?

C'est ma vingtième révolution,
Celle qui aiguise mes sensations.
A la recherche d'adoration,
Je suis las au milieu du monde...

Laissez dont tomber le palpable,
Les attirails, le matériel.
Offrez des passions agréables,
Une effusion qu'elle partagera.
Donnez-moi sans y retoucher,
Ce qu'ils chantent tous à l'unisson.
Tous ces coryphées qui badinent
Épargnés de déréliction.

Mais jouez musiciens !
Sortez vos fifres et vos violons.
Votre musique pour l'enchaîné,
Vos instruments pour panacée.
Un requiem pour l'oppression
Qui au final chante l'ambition.

Je ne veux plus errer seul,
Je veux airer à deux.
Laissez-moi boire un philtre Aphrodite,
Le plus maigre soit-il, tant qu'il est efficace !

Case - Les vieux morceaux (2004/2005)