I
Élégante voyageuse libérée des volières,
Tu évolues sans cesse fantaisie de mon cœur.
Des perles purpurines enluminent tes crins jais,
L'harmonie de ton galbe avance mes battements.
Tes yeux sont des émeraudes, ton chant drogue mon esprit.
Il me faudrait t'écrire une hymne à la splendeur - j'abandonne !
Quand mon génie se perd dans des confins sinistres,
Tu te dévoiles à moi mon projet romanesque
Qui se métamorphose aux aléas du temps.
Tu me mènes à l'ivresse, à l'instinctive pulsion.
Tu me rends tigre, prêt à combattre et tuer.
La gorgée m'étouffe car ma raison l'admet,
Tu ne seras jamais plus qu'un phantasme abstrait,
Maquillé d'illusoire dans ta robe du soir.
Il me faut donc songer à trouver la réelle,
Le parfait simulacre, le simili patent,
De ton écorce splendide, de tes parfums grisants,
De tes fins traits d'esprits, de tes mots capiteux,
De ta voix consonante, de ton unicité - peine perdue.
II
Aux paupières fermées je t'invite près de moi
Et te voilà descendre de ce ciel auroré.
Profitons du moment avant qu'il ne s'efface
Que l'ennemi nous trouve, que l'imprévu te chasses.
Tu es douce et sauvage ma féline mirifique,
au regard hypnotique, à l'aura magnétique.
Étrangle mon corps, Enserre-moi de cuissardes !
Enveloppe ma peau dans ton cocon tentationnel !
Que je ne puisse plus m'éluder,
Que ce rêve ne s'évanouisse,
Que je reste piégé dans ce flou paisible,
Que je ne revienne plus dans la grotte aux vautours cupides,
Que les horloges suspendent leur poison de vieillesse,
Que le temps perde son sens,
Que les dimensions fondent,
Que la logique se perde,
Que je me sente beau,
Que le ciel s'ouvre, se vide de moi et se referme derrière moi.
Voguant si loin du "tout" vers je ne sais quel rivage,
Entre ici et nul part,
Entre ici et jamais,
Je croquerai ton fruit.
Puis calmons-nous ;
Reposons-nous,
Souris-moi.
- Apaisement -
III
Au chagrin de mon être,
Tu t'efface vaporeuse
Dans un rideau dansant de fumée cerise.
Loin de ta silhouette évanescente,
Je m'éveille vide.
Indélébile chimère, tu me suivras dans l'ébène.
Nous serons bien deux sous la glaise,
A pourrir de repos.
Pier Case - Les vieux morceaux (2004/2005 revu en 2010)
